ATYPIQUES : PENSEES/PEURS & VIGILANCE

Je pense comme un ordinateur, dit Temple Grandin dans « Penser en images ». Penser froidement, méthodiquement comme une machine, avec une logique implacable. Bien sûr, les émotions sont là, à côté, bien présentes comme des alarmes. Mais quand l’alarme sonne, le cerveau, en expert, intervient. Il dissèque, il analyse, il trouvera la panne, il le sait. Et plus les émotions crient, se meurent, s’affolent, plus l’expert se concentre, avec tout son sens du devoir, aussi son goût pour le défi, et son impatience face à ce cri qui se prolonge, depuis maintenant trop longtemps, dans sa tête.

Trop longtemps, ça peut être juste quelques secondes, mais quelques secondes perdu soudainement dans un labyrinthe inconnu, sans la moindre lumière, car c’est ce niveau d’angoisse, quand on se retrouve face à une situation, où on a peur de risquer enfermé pour toujours, rejeté, coupé de la société, des autres, de la vie. Une erreur, une formulation non acceptée, un geste mal ajusté, et d’un coup bien des visages face à vous, au quotidien, comme des portes, soudainement se ferment. Le niveau de vigilance est très élevé, car seulement ajusté au niveau de violence que l’on craint dramatiquement d’endurer. La coupure. La perte du lien. Le dédain. Le rejet.

La faute ne doit pas être commise, la survie est en jeu : alors pour se sécuriser, tous les paramètres sont précautionneusement étudiés, pour vérifier que notre comportement est objectivement irréprochable et sans faille. Les émotions s’expriment en arrière-plan toujours, mais on ferme temporairement la porte aux affects, à la subjectivité : c’est la logique qui sécurise, alors pour se rassurer, l’irrationnel, dans les relations, n’a pas droit de citer.

Penser froidement, séquentiellement, comme un ordinateur, pour éviter l’erreur à tout prix. Alors, quand j’ai lu, à quel point Temple Grandin était surprise que bien des humains laissent souvent les émotions déformer les faits, j’ai ressenti de la fierté. Fierté de pouvoir disséquer mes pensées, d’étaler précautionneusement mes idées, pour que les autres, puissent soit me conforter, soit me compléter : dans tous les cas toujours échanger, partager, dialoguer avec moi. Puis du trouble, de constater à quel point cette logique pouvait passer pour de la froideur, alors que laisser ses émotions déborder sur ses explications, était comme s’enfermer, s’isoler brutalement dans un point de vue. S’empêcher de partager et de progresser.

Et le partage dans la lucidité : ça fait tout simplement frémir mon cerveau et mon cœur.

Mon cerveau et mon cœur.

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