« SHUTDOWN »

Je suis tombé sur ces mots, quand j’ai cherché une description de la phase que je traversais. Cette phase où tout devient vague. Sans intérêt. Etranger. Cette phase de déconnexion, où juste avant justement : j’avais trop poussé loin le désir d’ouverture, de partage, de connexion avec l’autre.

Le désir de contribuer, d’élever les consciences, d’agir, de faire sa part dans un monde qui se désagrège. Qui périclite. Environnement, cadences infernales au travail, compétition, partout, à outrance. Le monde sombre, et pour moi un humain responsable, agit. Il prend les devants, pour changer, lutter, mener une forme de résistance, basée sur l’ouverture, le changement individuel et l’amour.

Pour résister à ma manière, contribuer à cette lutte, je me suis dit que la façon pour moi la plus appropriée était d’écrire. Un texte fort. Des textes puissants qui rassembleraient en peu de mots, toute la tristesse, la colère, et les actions à notre portée pour tout changer. Et enfin rire, enfin agir ensemble, coopérer. Se libérer. Comme Camus lors de la guerre 39-45, qui écrivait dans le journal Combat.

Seulement, le combat de nos jours est plus sournois, moins clair que de lutter contre une armée d’envahisseurs sur son sol. L’ennemi est quasiment dans chacun d’entre nous. En effet, protéger l’environnement, mais très peu acceptent d’abandonner le confort matériel, le consumérisme. La violence sociale, mais très peu acceptent d’abandonner la compétition, de quitter ces entreprises vides de sens, car ils ont des enfants à nourrir, et doivent gagner leur croûte dans ce monde d’ultra compétition. Et de manière générale, très peu ont développé une activité de création qui les rendent fier spontanément de qui ils sont. Du coup, le jeu de la consommation, de vouloir posséder plus que les autres se met en place, pour se distinguer, et être aimé, au lieu avant tout d’être fier, heureux de soi-m’aime.

Au moment de mon shutdown, je voulais écrire un texte mythique pour réveiller toutes les consciences. Et une autre partie de moi me disait : « Mais Sylvain, tous ces textes tu les as déjà écrits. Partagés. Et au final, très peu de gens s’y intéressent ». Donc intérieurement, j’ai senti que j’avais échoué. Que je ne serai jamais à la hauteur de cette dimension que je souhaite obtenir. Et ce décalage m’a créé un stress quasiment sans fond.

Cette piste du décalage entre ce que j’aimerais être, et ma lucidité sur qui j’étais, c’est cet article en anglais (https://autismawarenesscentre.com/shutdowns-stress-autism/) qui m’y a fait penser. Dedans, il parlait d’une fille qui voulait être à la hauteur de la fille idéale selon elle. Mais dans une situation, où elle ne comprenait pas précisément ce qu’un adulte lui demandait, le simple fait de poser des questions supplémentaires pour avoir plus de détails, elle savait qu’une petite fille idéale ne ferait pas ça. Du moins c’est l’hypothèse de cet article, que c’est ce décalage entre l’image de la petite fille idéale qu’elle avait, et sa lucidité de ne pas être à la hauteur, qui lui a crée énormément de stress et un shutdown.

Peut-être que je me plante complètement. Que mon hypothèse n’est pas pertinente. Néanmoins, je veux creuser la piste jusqu’au bout. Si le stress extrême est causé par ce décalage entre l’impact idéal que j’aimerais avoir dans la société, et mon impact réel : est-ce que je peux baisser mes attentes ? Est-ce que je peux me dire, je ne touche que 10 personnes, et finalement c’est déjà bien ?

Je pense que je peux le faire dans certaines périodes plus calmes. Où l’extérieur ne me répète pas qu’il faut donner le meilleur de moi-même. Dès que l’extérieur me pousse à être vigilant, c’est là que mon idéal explose. Dès qu’il y a une campagne SIDA pour nous dire de bien faire attention, que le virus est encore partout. Là, je me dis : « est-ce que j’ai vraiment, vraiment, bien fait attention » ? Alors que je fais déjà énormément attention au quotidien. Mais là, cette invitation extérieure à faire attention va m’amener à une vigilance presque parano. De même, en ce moment, gilet jaune, vert, marche pour le climat : tout nous pousse à nous demander si on fait bien le maximum pour la planète. Et là, moi qui  faisais jusque-là ce qui me semblait être parfaitement pour moi, je me mets à paniquer : à me dire que je pourrais être encore plus parfait, car le désirs d’absolu, de perfection, je connais.  Mes standards de qualité sont excessivement plus élevés que la majorité des gens.

Donc, finalement, le plus calmant pour moi est de me centrer sur mes normes personnelles. Ce qui a du sens pour moi. D’ailleurs c’est l’ambivalence du shutdown, il est terrible car il me coupe de l’extérieur, et d’une forme d’absolu, où je pourrais être aussi rayonnant seul, dans bureau, qu’en groupe. Je quitte une forme d’idéal, de rayonnement, mais je trouve un ancrage, du calme, à être toujours connecté à moi. Et ce à travers mon désarroi, ou ma douleur, si je me suis cogné ou blessé, durant cette phase de stress. La douleur, la maladie, a ce bienfait étrange : de me permettre d’être toujours en contact avec moi. D’être ancré. Et de ne plus être constamment en déséquilibre : entre un désir de m’écouter, et une volonté permanente d’aller vers les autres, pour leur insuffler de l’humanité, de l’écoute, de la beauté. Pour transformer l’environnement extérieur, en un monde plus ouvert, souriant, à l’écoute : beaucoup plus sécurisant, pour moi.


Résumé :

  • Récemment, je me suis senti totalement vide, étranger à tout. Période de « shutdown ». Avant cela, j’avais essayé d’être en connexion avec l’extérieur, dans le partage, dans la contribution. Mais trop.
  • Pourquoi je cherche à contribuer : car c’est l’image pour moi d’un humain idéal, exemplaire. De la personne qui ne baisse pas les bras dans ce monde qui se désagrège (dérèglement environnementale, cadences élevées au sein des entreprises, burn-out, etc…)
  • Pour ne pas baisser les bras, je veux éveiller les consciences, en écrivant comme Albert Camus. Or, je me rends compte que mes écrits ne touchent que très peu de personnes.
  • Ainsi, j’ai un décalage entre l’impact que j’aimerais avoir, l’héros que j’aimerais être, et la réalité.
  • Ce décalage me provoque un stress énorme.
  • Ce stress apparaît surtout quand l’extérieur me pousse à être au top, vigilant quant à mon comportement sur cette planète (faites-vous de votre mieux par rapport au défi climatique, dans la précaution, la prévention face aux différentes maladies, etc…)
  • Or mon idéal est si élevé, que l’extérieur, qui fait de la prévention pour les gens moins exigeants, l’extérieur en disant de faire attention, me fait augmenter mon stress, car il me reconnecte à une idée d’absolu que j’ai en moi, et qui n’existe pas sur Terre. Dans la vie, on ne peut pas toujours tout contrôler, tout maitriser, ne pas faire d’erreur.
  • Alors, en me disant de bien faire attention, l’extérieur me rend fou, car mes standards sont déjà bien plus élevés que la moyenne. Et donc c’est déjà très bien quand je fais au mieux, spontanément, comme je le sens. Je ne dois donc pas me soucier des messages de l’extérieur qui répètent sans cesse de bien faire attention (etc etc).
  • D’ailleurs, c’est bien  l’avantage de ces phases de shutdown, de repli : me concentrer uniquement  sur moi. Mon monde. De ne plus être envahi par l’extérieur. Et le fait de me focaliser sur mes perceptions, sur ce qui me semble juste instinctivement pour moi  me fait bien fou. Cela m’offre un ancrage, une force, que je ne ressens jamais au quotidien, où je suis toujours en déséquilibre, entre ma volonté de me préserver, de m’écouter, et le désir toujours d’aller vers les autres, pour insuffler de la générosité, de l’humanité, et ainsi transformer mon environnement, pour qu’il devienne pleinement sécurisant  pour moi.A suivre…

 

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